Le professeur Anne Demulder, experte dans les troubles de la coagulation, l’hypercoagulabilité et l’hémophilie nous a exposé avec brio les implications de cette maladie dans les mariages royaux politiques et souvent consanguins ainsi que ses conséquences désastreuses.
La stérilité et la mort en couches d’épouses royales étaient déjà de tout temps une entrave à la transmission du pouvoir à un héritier choisi. Dès lors, la préoccupation primordiale était d’avoir une descendance (de préférence mâle) pour la succession.
En Angleterre, Henri VIII avec ses six épouses stériles, répudiées ou exécutées s’est séparé de l’Église catholique. La reine Anne Stuart, malgré ses 17 grossesses a perdu le trône ou George III d’Angleterre sans héritier a entraîné le pays dans l’instabilité et la crise de la régence. La maladie mentale ou des handicaps physiques contrecarraient aussi une succession pacifique comme celle de Charles II d’Espagne par la guerre de succession d’Espagne.
L’hémophilie A et B est un saignement impossible à arrêter par l’anomalie de deux gènes présents sur le bras long du chromosome X. La transmission se fait par les femmes qui transmettent la maladie à une partie de leurs garçons. Elle est déjà mentionnée dans le Talmud de Babylone, texte hébraïque du Ve s comme hémorragie mortelle dans les circoncisions. Au X-XI-e siècle, Albucacis, médecin arabe d’Al Andalus cite des cas de décès de garçons suite à des blessures bénignes. Au XVIII et XIX-e s., Dr. Conrad Otto parle de familles dans lesquelles les garçons meurent après des blessures bénignes. C.F. Nasse précise la transmission génétique de la maladie et F. Hoppf lui donne le nom d’hémophilie. Le Dr. John Wickham Legg devient médecin de Léopold 1er, fils de la Reine Victoria.
En effet, dans les familles royales européennes du XXe- siècle, c’est par la Reine Victoria (1819-1901) mariée à Albert Saxe-Cobourg-Gotha (cousin de Léopold 1er de Belgique) que l’hémophilie, ce fléau des têtes couronnées, a été détectée et transmise. Ils eurent 9 enfants dont un fils hémophile Léopold, et deux filles porteuses : Alice et Béatrice. Au moins 18 de leurs descendants en étaient atteints. Ainsi, par la famille royale anglaise, l’hémophilie s’est répandue dans la famille royale prussienne et espagnole et la famille impériale russe.
L’hémophilie d’Alexis, le seul fils, après 4 filles du Tsar Nicolas II et Alix de Hesse, a ruiné l’Empire russe par l’isolement dû à la dissimulation de la maladie du tsarévitch et de l’intervention néfaste du démoniaque Raspoutine. La Russie fut précipitée dans la révolution bolchévique de 1917 et, après l’assassinat sauvage de toute la famille du tsar, la constitution de l’Union soviétique.
A l’issue de cette conférence passionnante, un plantureux buffet nous attendait. Tout y était délicieux, home-made et présenté avec art et gentillesse. Merci à tout le Groupe AELE et au Professeur Anne Demulder pour cette belle matinée.
Eva Töttösy-Tackoen
Groupe Hongrois
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