Tendresse et mélodies

Joëlle Vanopbroeke

Samedi 15 novembre 52025 chez Elisabeth et René avec le Groupe AELE.

Tendresse et mélodies

Une affiche époustouflante des plus brillants musiciens romantiques. Ils composent en quelques années un répertoire inouï fait de fougue, de tendresses et de mélodies. Début XIXe, le piano bénéficie d’avancées technologiques qui permettent la répétition rapide des notes. Les partitions deviennent de plus en plus denses et passionnantes. Plus difficiles à jouer aussi.

Heureusement, la maîtrise de Joëlle Vanopbroeke n’a d’égale que sa virtuosité. Ses mains caressent le clavier et emmènent ses doigts sur les octaves les plus extrêmes avec légèreté ou force suivant le cas. Mais toujours avec rythme et précision.

Cette musique nous envahit et nous transforme. Sans le savoir, nous connaissions la sonate en La Majeur de Schubert. Chantante, puis triste et de nouveau enjouée. Nous retrouvons les Variations Sérieuses de Mendelssohn et ses merveilleux arpèges en bouquets éclatants. Puis Frédéric Chopin et son immense sensibilité polonaise. Le Russie tsariste et d’autres Puissances occupent Varsovie dans la brutalité. Il faut les fuir. Pour les 20 ans de Chopin et son incroyable talent, une seule option : la France et Paris. Joëlle nous joue la Grande Valse Brillante comme une évidence. Ou plutôt comme une offrande. Bouleversant. Puis la suite flamboyante et pleine d’espoir à l’Op 34 n°1.

Enrique Granados début XXe est déjà bien connu des mélomanes. C’est un admirateur des peintures intenses de Francisco Goya qu’il fait vivre par son seul piano. Rare musicien espagnol sans guitare, il est sur le vapeur Sussex en mars 1916 de retour de New-York. Une torpille allemande. Explosion. Panique. Noyade dans la Manche avec son épouse. Romantisme ultime. L’Allegro de Concierto est d’abord comme l’eau gazouillante insouciante qui file entre les doigts, puis vient la grande douleur de l’âme ibérique. Comme si les notes parlaient des malheurs passés de l’Espagne et des combats fratricides à venir. Dans peu de temps. Enrique en était conscient.

C’est fini. Applaudissements fournis mille fois mérités pour Joëlle, heureuse et souriante. Rappels frénétiques, fleurs, félicitations, remerciements et vin d’honneur. Encore émerveillés, nous quittons la belle demeure d’Elisabeth et René. Aristocratique, environnée des ombres de son parc, elle brille dans le silence et le mystère de la nuit schaerbeekoise.

G. Baudouin
Ami du Groupe AELE/EFTA